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11.04.2008
Article de Charles Castet sur Mc Cain et la Révolution Conservatrice
La Révolution Conservatrice survivra t’elle avec John McCain ?
Le parti républicain semble condamné à perdre les élections présidentielles et législatives (puisque les Américains votent pour la chambre des représentants et le renouvellement d’un tiers des sénateurs) du sénat pour les élections américaines, l’enjeu se réduisant simplement au suspense pour savoir qui représentera le parti démocrate, Clinton ou Obama.
Or leur élection aboutirait immanquablement à un enterrement de la Révolution Conservatrice cadre idéologique qui a guidé les politiques républicaines depuis 1980 et (dans une moindre mesure) démocrates, et qui repose sur des valeurs différentes et qui peuvent se contredire : libéralisme économique dont les effets individualistes sont limités par un fort nationalisme (glorification de la patrie, de l’armée et de la cohésion nationale) ainsi que par un conservatisme culturel et l’invocation du thème des « valeurs » sous l’influence de la Majorité Morale (refus du mariage gay, des recherches sur les cellules souches, de l’avortement).
Hors la description selon la presse (française surtout) de McCain comme un républicain modéré centriste et pragmatique pourrait laisser penser que la ligne suivie par le parti républicain et dont le bilan depuis 1980 risquerait d’être remis en cause notamment par son refus des baisses d’impôts, d’ailleurs justifié, menée par l’administration Bush depuis 2001 (avec la Economic Growth and Tax Relief Reconciliation Act of 2001) ainsi qu’à ses mauvaises relations avec les protestants évangéliques qu’il qualifia en 2000 « d’agents de l’intolérance » provoquant sa défaite aux moments des primaires républicaines.
Cependant ces propos ne doivent pas faire oublier que au même moment ces discours de politique extérieur été associé depuis longtemps au “conservatisme de la grandeur nationale” (“national greatness conservatism”) dont les intellectuels se rassemblent au sein de l’hebdomadaire néoconservateur The Weekly Standard, alors que Bush y prônait une Amérique « plus humble ». Depuis 2000, McCain n’a jamais varié sur ce discours axé sur une politique étrangère musclée et volontariste, se trouvant en phase avec l’administration Bush sur ce domaine, rassemblant les Américains derrière un projet de nationalisme extérieur et intérieur (même s’il fait preuve de beaucoup de modération dans son approche sur l’immigration), qui permettrait de rompre avec la timidité de la politique de Bush notamment depuis 2006 avec la défaite aux législatives de novembre.
Il s’agit du paradoxe de McCain, populaire chez les indépendants (le nom des centristes aux Etats-Unis) de par son caractère et son parcours alors qu’en réalité il est profondément conservateur comme le montre son caractère inflexible sur les questions liées à l'avortement et au mariage homosexuel. Et si en matière d'immigration et de baisse d'impôts, il a adopté, dans le passé, des positions plus souples que les caciques du Parti républicain, il a récemment durci ses propos.
Pour autant même s’il partage en fait les mêmes valeurs que l’aile conservatrice qui domine le parti républicain depuis 1980, McCain est peu apprécié des évangéliques et des conservateurs traditionnels à cause en fait de son très fort patriotisme impérialiste au moins aussi important que celui de Bush. Si il s’est opposé à l’usage de la torture (il fit voter un amendement dont il est le co-auteur), il partage une conception de la guerre contre le terrorisme plus large que celle de Bush qui comme il le dit lui-même au moment d’un discours en septembre 2007 : « un combat politique, économique et philosophique mondial entre l'avenir et le passé...dont l'issue déterminera le sort de notre mode de vie démocratique.” Cette fermeté est rassurante mais elle est peu appréciée des conservateurs traditionnels qui s’opposent à l’intervention de l’état alors que l’une des caractéristiques de l’administration Bush a été depuis 2001 l’extension continue du champ d’intervention de l’état fédéral qu’a provoqué la nécessité de mener la guerre contre l’axe du mal et la politique étrangère de McCain ne peut que contribuer à la poursuite de cette extension. Enfin les évangéliques ne goûtent guère ce discours patriotique (quand bien même McCain partage les valeurs morales qu’ils défendent) car contraire à l’universalisme biblique. Ceci dit ce discours lui permettrait de ratisser dans la classe ouvrière, moins à droite mais quand même très nationaliste.
Ceci dit d’un point de vue plus électoral, John McCain peut bénéficier des divisions entre les 2 candidats démocrate, Hillary Clinton étant haï par tous les républicains même modérée et Obama malgré ses discours de consensus ne peut faire oublier le fait qu’il est l’un des sénateurs les plus à gauche et face à la nette amélioration de la situation militaire en Irak (avec le changement de stratégie opéré depuis la nomination du général Petraeus en janvier 2007 comme commandant en chef des forces au sol en Irak), la promesse d’Obama d’organiser un retrait immédiat risque de se retourner contre lui.
En fait bien que McCain ait une réputation d’homme libre, de franc-tireur, il n’en partage pas moins les valeurs de la Révolution Conservatrice et fait même du zèle dans le domaine de l’impérialisme patriotique (ce qui est un gage de fermeté face aux états voyou) et concernant le projet militariste de McCain, un journaliste américain avait déclaré “Si vous avez trouvé que George W. Bush a eu la gâchette facile, vous n'avez encore rien vu...”.
Ce serait une très bonne nouvelle.
02:56 Publié dans Articles parus dans le journal de l'ELE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note



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